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La momie d'une femme tatouée découverte en Égypte

Par LE FIGARO Marie-Amélie Blin Mis à jour le 07/06/2016 à 09:37 Publié le 07/06/2016 à 07:00

Des babouins, des vaches, des serpents... Les plus anciens tatouages figuratifs de l'Humanité ont été observés à Deir el-Médineh par une équipe d'égyptologues. La personne qui les portait aurait vécu peu après le règne de Toutânkhamon, il y a plus de 3.300 ans.

La découverte récemment mise au jour par une équipe d'égyptologues de l'Ifao (Institut français d'archéologie orientale) est une première mondiale.

Le corps d'une jeune femme momifiée entre 24 et 35 ans porte les marques de tatouages figuratifs gravés il y a plus de trois millénaires.

Révélée seulement ce mois-ci dans la revue scientifique Nature, la découverte de la momie tatouée remonte à l'année dernière. Cédric Gobeil, chef d'une mission archéologique française, décide alors d'explorer avec plus de soin l'une des tombes familiales du village de Deir el-Médinen (la TT290).

L'égyptologue Bernard Bruyère l'avait déjà rapidement fouillée en 1930. Mais trop rapidement pour remarquer le détail qui retient l'attention de l'anthropologue américaine Anne Austin presque un siècle plus tard. Parmi les centaines de momies de femmes entassées, l'une d'entre elles l'intrigue: elle n'a plus ni tête, ni jambes, mais sa gorge et ses bras sont couverts de marques.

«Pas de doute possible, ce sont bien des tatouages, réalisés à peu près comme on les pratique aujourd'hui.»

Tatouages ou décorations peintes sur son corps après sa mort? C'est ce que l'équipe a entrepris de vérifier à l'aide d'une lumière infrarouge pénétrante. Le résultat est saisissant: plus de trente tatouages dessinés entre 1.300 et 1.070 avant notre ère sont identifiés.

«Pas de doute possible, confirme Cédric Gobeil, ce sont bien des tatouages, réalisés à peu près comme on les pratique aujourd'hui. Les tatoueurs égyptiens recouvraient la peau d'un pigment bleu-noir obtenu en faisant brûler des végétaux. Puis ils tatouaient avec un assemblage de petites aiguilles.»

Jusque-là, rien d'inédit. Plusieurs autres momies tatouées ont déjà été trouvées ailleurs. Ce qui est incroyable, ce sont les représentations du tatouage: des fleurs de lotus, des babouins, des vaches, des serpents s'entrelacent sur le corps de la femme momifiée... Ces images d'être réels n'ont rien à voir avec les symboles et formes géométriques identifiées habituellement. Il s'agit des tout premiers tatouages figuratifs de l'Égypte ancienne, voire de l'Humanité.

Chaque animal représenté a une portée symbolique religieuse

La femme momifiée devait tenir un rôle bien particulier dans la société de l'Égypte ancienne pour mériter ce traitement d'exception. La portée religieuse des tatouages semble le confirmer.

Les vaches et les cobras sont par exemple associés à Hathor, déesse de l'amour, de la beauté, de la musique, la maternité et de la joie sous l'Égypte ancienne, objet d'une dévotion particulière Deir el-Médinen. De même, les deux babouins assis visibles au niveau de son cou représentent le dieu Thot, invoqué contre la maladie. Les plus saisissants sont ces deux yeux divins qui «où que vous soyez, semblent vous fixer», explique Anne Austin. Ce sont les yeux Oudjat, «signe Nefer qui signifie bon, beau ou parfait» et qui protège du mal.

Sans doute ces symboles donnaient-ils à la jeune femme des pouvoirs magiques lorsqu'elle chantait ou jouait de la musique pendant les rites, afin d‘aider les gens ou communiquer avec les morts. Magicienne, charmeuse de serpents, prêtresse ou musicienne, cette mystérieuse femme tenait à coup sûr un rôle crucial dans la religion de l'Égypte pharaonique.

 

 

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